Il ne faut pas jouer avec notre argent

Le 5 septembre, CoOpera a organisé un colloque sur le thème « Il ne faut pas jouer avec notre argent. Nous avons besoin d’un système financier qui est au service de l'économie. » La manifestation était accompagnée d'un petit « CoOpera Show » dans le cadre du salon LIFEfair auquel les entreprises Colora Seta AG, Ruckstuhl AG et Thymos ont participé aux côtés de CoOpera elle-même. Quelque 50 participants ont pris part au colloque.

Ws. La crise financière et économique n’est-elle qu’un orage purificateur, comme l’estimait un rédacteur de la NZZ il y a encore une année environ, ou la posture interrogative du Prof. Janssen lors d’une manifestation organisée par une caisse de pension au début du mois de septembre 2009, qui avouait être dans l’impossibilité de dire si l'on sortait de la crise ou si l'on était en plein dedans, est-elle plus appropriée ? Les réponses à la question des causes de la crise divergent fortement, comme pour l'évaluation de l’évolution actuelle. Les « réglementations démagogiques » et les taux d’intérêts bien trop bas en sont-ils la cause, comme le pense Beat Kappeler, ou est-ce plutôt l’absence de propension à prendre des risques, comme le suppose le Prof. Urs Müller ? Durant la discussion publique, l’avidité des managers et les bonus qui en découlent furent un facteur central. Heinrich H. Wiemer, qui connaît la branche de la finance de l’intérieur en raison de sa carrière d’analyste, s’est également exprimé à ce sujet. Il a porté son regard dans les abîmes de l'évolution de la motivation et de certains établissements financiers. Il a décrit la dégradation massive des cultures d'entreprise en brossant un tableau différencié de l’évolution de plusieurs grandes entreprises financières au travers de leurs dirigeants connus et qui sont parfois devenus tristement célèbres. Les bonus ne sont pas le problème, mais la manifestation extérieure du problème que constitue la perte de motivation générée par une modification profonde de la culture d’entreprise, qui est pour sa part marquée par les rétributions exorbitantes des cadres dirigeants. La rétribution financière ne devient importante que lorsque la tâche elle-même ne motive plus. Le caractère dramatique de cette évolution a été en particulier souligné par le fait que H. Wiemer ne s’est pas présenté comme un opposant ou un partisan d’une philosophie donnée, mais qu’il a sobrement présenté des faits. Face aux pratiques à la limite ou au-delà de la légalité qui ont été exposées se pose vraiment la question de savoir pourquoi aucun ministère public n'y voit matière à agir. Matthias Wiesmann a mis sur pied ce colloque avec l’objectif de mieux faire comprendre les origines de la crise et de développer des approches alternatives. Cette préoccupation a été partagée par Udo Herrmannstorfer, qui a exhorté à ne pas rester des observateurs des événements mais à y prendre part et à les influencer délibérément. Comme en matière de salutogénèse, trois conditions doivent être réunies : la transparence, la négociabilité et le caractère raisonnable. Ces conditions sont réunies dans les domaines d’activité de trois organisations qui sont actives dans le domaine de la finance et qui se sont présentées : Oikocredit (H. Wiemer), la Banque alternative suisse (Thomas Bieri) et la Freie Gemeinschaftsbank (Rainer Menzel). Même si à l’échelle de l’économie financière, on est en présence de nains (à peine plus de CHF 2 milliards de somme de bilan avec CoOpera), il vaut la peine d’examiner leurs idées de base et leurs principes d’action. Il serait bien que le compte vert ou équitable soit la réponse à tous les problèmes et que nous n’ayons plus à nous préoccuper de tous les tenants et aboutissants complexes. Les réponses qui sont données en pratique par ces trois institutions et par CoOpera dans le cadre complexe de l’économie ne sont toutefois que des réponses inévitablement partielles.Udo Herrmannstorfer a donc pris un peu de distance afin de pouvoir décrire dans leur globalité les processus en matière d’argent et de capital : le capital naît des processus d’achat et de vente ; celui-ci peut, en tant que crédit ou participation, aller à celui qui se lance dans le processus de création de valeur avec une idée productive. Son processus commence avec de l’endettement. La productivité de l’idée rend possible le remboursement de la dette. A qui appartient en fin de compte le surplus généré par les progrès en matière de productivité ? La réponse immédiate à cette question est aujourd’hui : aux actionnaires. D’un point de vue financier et juridique, ce sont les propriétaires, mais aujourd’hui, ils ne participent généralement pas aux processus économiques réels. Il s'en suit donc que les intérêts financiers (valeur actionnariale) et les intérêts réels (par exemple les intérêts des entrepreneurs et des investisseurs) divergent. Ce n’est pas l’idée qui cherche le capital, mais le capital qui cherche des possibilités de placement. Il n’est pas possible de remédier aux « effets secondaires » de cette recherche faussée (à laquelle CoOpera participe inévitablement en tant que caisse de pension) par la seule réglementation. Nous devons poser les questions de manière radicale et y répondre : comment peut-on faire en sorte que le crédit soit octroyé sainement ? Quelle est notre attitude face à la productivité énorme de l'économie, comment les rapports de partage et de répartition sont-ils organisés ? Comment empêchons-nous le creusement de l’écart entre le monde de l’argent et celui de l’économie réelle ?De nombreux participants ont exprimé le besoin que les problèmes soulevés fassent à nouveau l’objet de réflexions. CoOpera informera les participantes et les participants du 5 septembre si de nouvelles manifestations seront prévues. Les personnes intéressées sont invitées à s’inscrire sur la liste d’invitation ().